Une publication cruciale et à point pour mieux comprendre les enjeux qui se cachent derrière l’économie bleue et la folie gouvernementale pour l’exploration et l’exploitation des réserves d’hydrocarbure et de gaz naturel dans les eaux mauriciennes.

C’est avec le très respecté Transnational Institute (TNI) de Danemark que le Centre for Alternative Research and Studies (CARES) de Maurice s’est associé pour la publication de En eaux troubles  : Comment l’«économie bleue» perpétue les injustices historiques à l’île Maurice”. Cette publication qui est disponible en téléchargement gratuit en français et anglais sur le site de TNI (www.tni.org) est le fruit du travail du chercheur et activiste Carsten Pedersen qui met en exergue le concept de l’économie bleue dont vantent les élites Mauriciens. Si les revenus que représentent cette croisade demeurent leurs seules motivations, la destruction des écosystèmes marins et côtiers  ; la perte de la biodiversité  ; la contribution importante dans le dérèglement climatique  ; le démantèlement des structures socio-économiques  ; la privatisation de l’océan  ; et la concentration des capitaux dans les mains d’une petite poignée en sont les cruelles réalités. C’est de ces réalités dont il est question dans cette publication.

Ainsi ‘En eaux troubles’ démystifie le concept d’économie océanique en prenant Maurice comme exemple. Si notre pays est pris à témoin, c’est bien parce qu’il préfigure un modèle dont lorgnent les institutions néolibérales et plusieurs multinationaux. La Banque Mondiale fait en effet de Maurice son champion de l’économie océanique. Un modèle qui ne favorise en aucune façon une pêche locale pour s’assurer de la souveraineté alimentaire du pays et de la région et encore moins des pratiques respestueuses des écosystèmes marins  ; mais qui au contraire pousse vers la privatisation de l’océan. ‘En eaux troubles’ parle d’un modèle dont tirerait profit uniquement les gros intérêts et lobbies capitalistes comme IBL Ltd. qui avec le temps s’est muée d’une entreprise ayant des intérêts dans la marine marchande et le commerce de la main-d’œuvre bon marchée en aujourd’hui un conglomérât avec un chiffre d’affaire de quelques 37 milliards de roupie (2017/2018). L’exemple de IBL Ltd. démontre ainsi clairement comment le capital à Maurice finit de manière dangereusement concentrique et finit par avoir ses tentacules dans tous les sphères du pouvoir public et privé.

Si le rôle fondamental qu’a joué la pêche artisanale à Maurice est souligné, l’auteur ne manquera pas de dire pourtant que ce rôle n’a jamais été valorisé et reconnu de façon officielle. Ce qui contribuerait largement à la marginalisation des pêcheurs Mauriciens encore aujourd’hui. Selon l’auteur quelque 20,000 à 40,000 personnes dépendent de la pêche artisanale. Les recherches menées indiquent ainsi qu’avant le salariat, sous l’esclavage et l’engagement, les produits de la pêche artisanale ont été un complément nutritif vital pour les travailleurs de Maurice.

Cette publication revêt un caractère important pour comprendre la vision des oligarques Mauriciens et du capitalisme global. Une vision complètement à l’opposé du bon sens qui devrait prévaloir présentement avec le réchauffement des océans (selon le rapport du GIEC les océans auraient absorbé pas moins de 91% de la totalité du réchauffement planétaire ces dernières années). Une vision orientée sur une politique accrue de la privatisation et de l’accaparement des biens communs comme le traduit si bien les dispositions de la Maritime Zone Act qui donne le plein pouvoir au Premier Ministre et le EDB sur l’octroi des concessions maritimes. Une vision passéiste obsédée de croissance rendue possible qu’à travers le pillage des ressources accumulées de la planète dont l’hydrocarbure et le gaz-carbonique et l’exploitation humaine à travers la main-d’oeuvre. Et c’est bien de cette compréhension qu’il faudra organiser la réplique. Face à ceux/celles qui aveuglés par l’appât du gain ne voit pas la menace que leur vision fait peser sur toute forme de vie sur terre incluant celle de la race humaine il faut s’organiser.

Les recherches pour cette publication ont débuté avant 2020, soit avant le premier confinement à Maurice et l’explosion du COVID-19 dans le monde. À la date de la publication de ce travail de recherche le 3 décembre  ; Maurice a pu prendre note du dernier rapport du GIEC sur le climat qui place l’Océan-Indien comme étant celui qui se réchauffe le plus et qui place les petits états insulaires dont Maurice comme étant les plus à risques. Depuis les Mauriciens ont pu juger de la gravité d’une marée noire et ses effets multiples qui ne se dissipent pas malgré un semblant de retour à la normale, pourtant il y a de cela quelque semaine le premier ministre, celui-là même présent en Écosse pour la COP26, présentait un projet qui entretemps est devenu loi sur l’exploration et l’exploitation de produit pétrolier en mer. «  En eaux troubles’ tombe à point pour donner les bons repères pour la compréhension de cette hérésie. CARES travaille sur une version en créole de cette publication qui sera disponible bientôt.

 

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